Conversation 47
A quoi sert le vote utile ?
L’appel au « vote utile » nous rappelle opportunément que, d’un point de vue strictement rationnel, le vote individuel est inutile. En effet, le poids de mon suffrage rapporté au scrutin global est équivalent à celle d’une goutte d’eau dans un bain ou celle d’un grain de sable dans un tas : quasiment nul. Alors, si voter est pragmatiquement inutile, comment expliquer que cela soit considéré comme l’acte démocratique par excellence ? C’est, à mon avis, pour compenser la confiscation des pratiques authentiquement démocratiques : la participation à la fixation de l’ordre du jour, à la délibération et à la décision sur les sujets les plus cruciaux du point de vue de la souveraineté ou de la préservation des biens communs.
En ce sens, l’« utilité » du vote utile ressemble fort à celle de l’idiot utile pendant la guerre froide. La bonne conscience – en l’occurrence, le remord antérograde de celui ou celle à qui on ne refera pas le coup d’avril 2002 – sert la préservation d’un système de pouvoir. Bref, si le FN n’existait pas, les conseillers en communication l’inventeraient illico.
Peut-on sauver le vote utile de l’insignifiance ou de la manipulation ? Je réponds oui, à condition de donner à l’utilité son sens politique le plus noble : ce qui sert l’intérêt général. Quel serait aujourd’hui l’intérêt général bien compris ? Qu’est-ce qui dépasse ma conviction personnelle – de gauche ou de droite – érigée abusivement en norme du bien commun ? C’est la régénération de notre démocratie.
Ainsi, voter utile consiste à voter pour un(e) candidat(e) de gauche ou de droite qui s’engage clairement pour le non-cumul dans le temps et l’espace des mandats électifs, pour la promotion du référendum d’initiative populaire, pour la consultation systématique de l’ensemble des citoyens – plutôt que le peuple, autre entité mythique – avant tout transfert de souveraineté, en assumant le risque que celui-ci se prononce pour des options que je n’approuve pas.
A vous lire,
Claude