Revenu Existence – Philosophie – Claude LUPU – Conversation N° 52

Conversation 52

 
La prostitution est-elle un métier?
 
Les opposant(e)s au projet de loi visant à pénaliser les clients de prostitué(e)s soulignent l’incohérence d’admettre la libre vente de « services » que personne n’aurait le droit d’acheter. A cette occasion, comme dans un conflit social « normal », certaines personnes se sont exprimées au nom des « travailleurs / euses du sexe ». Mais justement, la prostitution peut-elle vraiment être considérée comme un « métier » ?
Les plus libéraux diront que la prostitution fait simplement partie des professions qui engagent le corps, comme la manutention ou le massage. Les moralistes répondront que c’est l’intimité profonde – sacrée ? – du corps qui est ici engagée. Mais la neutralité morale d’un Etat laïc se doit de tolèrer une conception purement instrumentale de sa sexualité. A ceux et celles qui dénoncent une marchandisation du corps, la doxa néo-libérale répond que, dans la mesure où l’intégrité corporelle est conservée, les individus sont des auto-entrepreneurs qui ont le droit de valoriser leur capital, que celui-ci soit  financier, intellectuel ou physique… D’ailleurs,  la « prostitution » n’est-elle pas la condition moderne du travailleur qui vend son intelligence, sa créativité ou son corps au plus offrant ?
Nonobstant ces considérations abstraites, faire de la prostitution un métier comme un autre, c’est cautionner la violence et l’exploitation que subissent sans doute l’immense majorité de ces forçats du sexe, mais l’interdire c’est enfermer les prostitué(e)s dans une condition de clandestinité qui aggrave leur vulnérabilité. D’autre part la prostitution est conforme au principe de la libre disposition de son corps dans la limite de son inaliénabilité – il n’y a pas en l’occurrence cession d’une partie de son corps comme dans la vente d’organe.
Il faut donc en conclure que la prostitution n’est en aucun cas un métier, mais une activité qu’il ne faut ni interdire, ni officialiser, mais qu’il faut décourager par tous les moyens, en luttant policièrement contre les mafias et, culturellement, contre ce qui pousse au commerce des corps : la réduction de la sexualité à un instinct éjaculatoire.
A vous lire,
Claude

À propos de Bernard

Voir CV sur le site http://www.lepetitlivrevert.fr/non-classe/revenu-existence-bernard-heron-curriculum-vitae/
Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

4 réponses à Revenu Existence – Philosophie – Claude LUPU – Conversation N° 52

  1. SimplementNat dit :

    Bonjour Bernard,

    Je suis d’accord sur le côté morale, mais pas sur la conclusion : comme je considère cela comme immorale, je m’interdit d’exercer cette activité ou d’en bénéficier. C’est mon choix.

    Mais en aucun cas, je n’irais privés quelques d’autre de ce sa liberté de faire un autres choix.

    Je suis convaincu que même les personnes qui le font considère cela comme immorale, mais qu’elles n’ont pas le choix.

    C’est donc, à mon avis, un problème de manque de liberté, le revenu de base peut apporter un peu plus de liberté… sauf que là il va falloir dépasser les frontières et avoir une porté internationale.

    • Bernard dit :

      Bonjour,
      Il est clair que ce Revenu de Base devra, un jour devenir international.
      C’est l’objectif de l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) que sera initialisée en juillet 2012.

      Concernant le côté moral ou immoral, c’est effectivement un choix qui dépend de son éducation, de sa culture, de sa religion, bref de son parcours personnel.
      Par contre, je pense qu’il existe des personnes, hommes ou femmes, qui ne considèrent pas la prostitution comme immorale à condition qu’elle soit consentie.
      Il est très difficile de porter un jugement.

      « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Disait Pascal…

      Que penser de la culture « échangiste » inuites, simple manifestation d’hospitalité.
      Que penser du kâmasûtra (aphorismes du désir) des indiens ?
      Que penser des Geishas japonaises et de leur raffinement ?
      Les exemples ne manquent pas…

      Notre morale n’a-t-elle pas été conditionnée par nos civilisations judéo-chrétiennes ou islamiques et tous leurs tabous sexuels ?
      Tout cela est bien complexe, reconnaissons-le.

  2. Bernard dit :

    Comme toujours, je reviendrai sur le concept de liberté qui m’est cher.
    La prostitution accomplie librement ne devrait pas choquer les libres-penseurs.
    Par contre, si elle se pratique sous la contrainte d’un proxénète, c’est évidemment lui qui doit être condamné, pas le ou la prostituée, pas la ou le client… Mais il existe une autre contrainte, c’est celle de l’impossibilité de vivre décemment suite à un accident de la vie par exemple : une séparation, un divorce, la perte de son emploi, …
    Si la prostitution est le dernier moyen qu’il reste (à priori) pour faire vivre une enfant, pour subsister, conserver son logement, continuer ses études,… alors c’est la société qui, à mon sens, est responsable.
    Elle ne répond plus aux droits fondamentaux du citoyen. Elle a le devoir de supprimer cette contrainte et dans ce cas, le Revenu de Base (qui m’est cher) en est un excellent moyen.
    Pour compléter ma réponse, il faut aussi s’interroger sur la sexualité des Handicapés. En Suisse, celle-ci est prise en compte par des « infirmièr(es) su sexe spécialisé(es) ».
    A ce sujet, il faut voir l’excellent film « Hasta la vista ! » http://www.cinenews.be/Movies.Detail.cfm?MoviesID=9366&lang=fr

  3. Anne-Marie dit :

    En fait je pense que la prostitution ne pose pas de problème en soi. C’est plutôt l’exploitation et les risques de violence qui sont vraiment en jeu. Interdire n’a jamais été la bonne solution de toutes façons. Il faut encadrer. Voila pourquoi la réouverture des maisons closes semble être la meilleur solution.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>